Franco Fava, Charles Rondeau, la pression dans les dossiers de nomination des juges, l’argent liquide qui circulait dans le parti – Jean Charest aurait rappelé à son ministre de la Justice, Marc Bellemare, que tout ça n’existait pas, quand ce dernier a remis sa démission au premier ministre – du moins, c’est que M. Bellemare avançait dans sa deuxième journée de témoignage devant la Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges. Une journée qui a été visiblement plus difficile pour le témoin principal, qui a tout de même gardé un calme exemplaire, même dans les questions les plus difficiles.

En effet, Marc Bellemare a été la cible d’une insistance beaucoup plus prononcée de la part du procureur principal de la Commission, Me. Battista, ce qui n’est pas une surprise en soi. Me. Battista, comme tous les procureurs de la Commission, n’avait pas pu interroger Marc Bellemare au préalable, afin d’avoir une idée de son témoignage et de se préparer en conséquence. Donc, dans les premières heures de son interrogatoire, Me. Battista ne pouvait que se baser sur les quelques documents qu’il avait pu rassembler, et sur les déclarations de Marc Bellemare dans les médias. La reprise des travaux s’est ouverte sur une remise en question de la crédibilité et la véracité des preuves soutenant les allégations de Marc Bellemare. Le procureur principal demandait surtout pourquoi l’ancien ministre n’avait gardé qu’un vulgaire bout de cardon, à l’endos duquel M. Bellemare avait écrit le soir même de sa démission une liste des choses qui l’avait déplu ou déçu, et pourquoi n’avait-il pas gardé ses agendas ministériels ou personnels, où seraient inscrits les fameux rendez-vous avec M. Fava ou M. Charest.

Me. Battista a aussi questionné le fait que Marc Bellemare n’a pas demandé conseil à des collègues lorsque des irrégularités se sont fait sentir dans le processus de nomination des juges. À cette question, Marc Bellemare réponds que « On ne pourrait pas [demander] meilleur conseil qu’auprès de Jean Charest » – une réponse qui témoigne de la naïveté politique du ministre à l’époque.

Et pour clore l’interrogatoire, Me. Battista a posé la question sur toutes les lèvres – pourquoi Marc Bellemare a-t-il attendu jusqu’en avril 2010 pour partager les irrégularités au sein du gouvernement aux médias ou aux autorités concernées ? Pourquoi le chat sort-il du sac six ans plus tard ?

À cette question critique pour la crédibilité de son témoignage, Marc Bellemare a commencé par expliquer le contexte dans lequel d’autres allégations de financement illégal faisaient surface au Québec, notamment en lien avec l’industrie de la construction – des allégations qui sont, bien entendu, connues de tous et chacun, et qui font la manchette depuis plusieurs mois dans la province.

Et c’est à cet instant que Me. Suzanne Côté, avocate représentant le Gouvernement du Québec dans les procédures s’est levée pour s’opposer à cette réponse de l’ancien ministre, soutenant que les allégations touchant le milieu de la construction ne relevaient pas du mandat de la commission Bastarache, et qu’elles ne devraient donc pas être abordées dans les témoignages de la commission. Une réaction allergique au mot « construction » qui a touché Me. Côté une deuxième fois, quelques minutes plus tard.

Une réaction allergique qui est surtout très révélatrice, car elle démontre que le gouvernement du Québec ne veut pas que Marc Bellemare s’exprime sur le financement des partis et la malversation de la part des entreprises en construction, parce que, d’un côté, on ne veut pas voir le mandat de la commission s’étende à toutes les allégations de malversation et de problèmes dans le financement politique des partis, et, d’un autre côté, on veut contrôler la réponse de la commission au strict minimum.

À entendre les questions de Me. Battista, il faut s’attendre à ce que le rapport final de la commission face état « de quelques cas isolés » de pression indue, mais, qu’au final, le processus est légitime et fonctionnel. C’est un fait que Marc Bellemare a reconnu à plusieurs fois dans son témoignage des deux derniers jours. La commission Bastarache ne portera pas d’accusations ou de blâme sur quiconque. Malgré que son mandat soit très restrictif et que la commission soit imparfaite, elle reste une belle tribune à plusieurs allégations qui pourront être dites publiquement et qui pourront être notées officiellement devant la commission. Il est vrai, toutefois, que la tribune à plusieurs millions coûte très cher pour ce qu’elle nous offre, mais les nombreuses révélations sur Jean Charest et sur les argentiers du Parti libéral du Québec risquent d’être critiques pour la politique québécoise, et risquent d’engendrer une crise politique d’envergure au Québec.

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Blogue sur la politique, le monde et la société entretenu par un jeune homme de la région de la Montréal, étudiant en droit à l'Université de Montréal. Souverainiste, et conseiller jeune pour le Parti Québécois dans la circonscription de Mercier. Et aussi, un peu n'importe quoi.



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