Chickens
Photo de Katie Brady

En juillet 1966, le conseil municipal de la Ville de Montréal, présidé par le maire Jean Drapeau, décide d’interdire la tuerie, l’abattage, l’élevage, l’engraissement, la garde ou la vente de volaille et de gibier sur le territoire de l’Île-de-Montréal. Aujourd’hui, le Collectif de recherche en aménagement paysager et en agriculture urbaine durable (CRAPAUD) de l’UQAM propose de renouer avec la poule.

Les avantages, selon le CRAPAUD, sont nombreux. Des oeufs frais chaque matin, des excréments de poule qui forment un excellent compost, et on peut nourrir la poule avec des restants de table. Et, contrairement à la croyance populaire, la poule n’est pas bruyante. C’est donc très écologique, pratique, et pas cher.

Le CRAPAUD demande donc que la Ville de Montréal lance une consultation publique sur l’agriculture urbaine sur l’Île-de-Montréal – se penchant notamment sur la retour des poules pondeuses dans la ville. Plusieurs villes nord-américaines l’ont déjà fait – Chicago, Los Angeles, Vancouver et Victoria, pour ne nommer que ceux-là, et d’autres villes ont amorcé le processus de consultation.

Or, à Montréal, avec notre structure décentralisée, la Ville réponds que c’est aux arrondissements de légiférer en la matière (Rosemont-La Petite Patrie parle d’ailleurs d’un projet pilote dès l’an prochain), surtout parce que certains arrondissements risquent d’être durs à convaincre. Et aussi, il faut comprendre que pour donner une place à la poule dans la cour-arrière des Montréalais, il faudra plus d’inspecteurs en salubrité et en règlements municipaux dans les arrondissements – parce que c’est certain que des citoyens vont se plaindre, que l’élevage de poules soit légal ou pas.

C’est bien beau tout ça, mais soyons réalistes – ce n’est qu’une poignée de citoyens qui sont susceptibles d’adopter une poule pondeuse. Beaucoup resteront pris dans leur mentalité urbaine, qu’une poule, c’est bruyant, et c’est fait pour être en campagne, tandis que d’autres qui aimeraient bien n’ont simplement pas le temps, ou l’inclinaison, de s’occuper de poules dans leur jardin.

Malgré son impact minimal sur la communauté, l’initiative reste tout de même louable, et selon les experts et les études menées dans d’autres villes, la présence de poules en milieu urbain n’affecte pas la santé, la sécurité, ou la qualité de vie des citoyens, alors certes, amendons les règlements municipaux pour permettre à ceux qui veulent d’élever quelques poules dans leur cour-arrière, en imposant, bien sûr, des balises claires, comme ce qui est proposé à la ville de Kingston. Après tout, c’est non seulement profitable pour ces ménages, mais aussi pour l’environnement.

Mais de façon plus importante, peut-être pouvons nous faire un geste collectif pour aller chercher les gens à l’extérieur de ce groupe marginal de gens conscientisés à l’agriculture urbaine – non pas en incitant les ménages montréalais à acquérir une poule, mais plutôt en enlevant les maillons reliant les Montréalais à la nourriture qui se trouvent dans leur assiette.

Il serait primordial que la Ville de Montréal consacre plus d’énergie à la promotion des marchés publics de la ville, gros et petits, qui offrent chaque jour plusieurs produits frais et qui proviennent de producteurs agricoles de la région. Ces marchés qui regorgent déjà de saveurs locales, et qui avait été également visés par le règlement de 1966, pourraient recommencer à offrir des oeufs frais. Et, surtout, tous les efforts devraient être déployés pour aider les consommateurs à comprendre l’impact positif de l’agriculture locale, et ainsi, ils devraient continuer à faire pression sur les grandes chaînes d’alimentation pour demander plus de place pour les produits locaux.

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