Personne ne nie que le Québec fait face à d’importants défis au cours des prochaines années.
Personne ne nie, non plus, que la scène politique québécoise a besoin criant de renouveau – d’un vent de fraîcheur qui ferait changement des vieilles promesses répétées ad nauseam par les mêmes personnes, année après année.
Personne ne nie que le Québec a soif de changement.
Mais François Legault – vraiment ?
François Legault n’incarne pas le renouveau. Rappelons qu’il a été ministre de l’Innovation technologique, et ministre de l’Éducation sous Lucien Bouchard, puis ministre de la Santé sous Bernard Landry. Rappelons également que, lorsqu’il quitte son poste de député de 2009, il empoche la prime de départ d’usage. Moins de deux ans plus tard, soit en février 2011, Legault refait surface, mettant fin à des mois de spéculation et publiant un manifeste avec onze autres signataires.
Aujourd’hui, la Coalition Avenir Québec est un parti politique, elle a quatre députés – sans compter les députés de l’Action démocratique du Québec, qu’elle s’apprête à avaler, purement et simplement.
Mais qu’en est-il vraiment, de ce parti et de cet homme qui ont la tête des sondages depuis plusieurs semaines ? De ce vent de « changement » ?
Concrètement, il n’en est rien.
Lorsqu’on regarde les vingt actions pour agir sur l’avenir ou les cinq grands thèmes du plan d’action des caquistes, on se rend compte que ce changement tant annoncé n’est que du vent. La plupart des grandes idées de l’évangile caquiste proviennent du programme du Parti Québécois – quelques unes proviennent de la plateforme du Parti libéral ou de l’Action démocratique du Québec, et d’autres sont presque des vérités universelles au Québec, comme l’engagement d’avoir un médecin de famille pour chaque Québécois.
Mais aujourd’hui, le tout reste très hypothétique. Le programme officiel de la Coalition, pour l’instant, c’est un document de seize pages présenté en novembre 2011, alors que la Coalition n’était pas un parti. Ainsi, on ne sait pas trop ce que Legault entend par un « plan de développement de l’entreprenariat ». On ne sait pas non plus comment il souhaite renforcer le « rôle et [les] pouvoirs de l’Office québécois de la langue française ».
On ne sait rien. On devrait embarquer dans le bateau Legault, parce qu’il est tout neuf, tout beau.
Et au-delà de tout ça, moi, j’ai un gros problème – sa sacro-sainte obsession qu’il n’ouvrirait pas le débat constitutionnel, que le débat sur la souveraineté devait être écarté pour l’instant, et que son éventuel gouvernement ne s’engagerait pas dans des « chicanes » avec le fédéral.
On a le droit de ne pas être souverainiste. On a également le droit d’être souverainiste, mais de se dire qu’au fond, il y a pas mal plus urgent au Québec et qu’on doit régler certaines questions avant de penser à une éventuelle ascession à l’indépendance. C’est quelque chose de tout à fait légitime comme opinion – mais de croire que, dans l’état actuel des choses, nous pourrons nous en tirer pendant cinq ans sans que le débat constitutionnel ne fasse surface et sans qu’une querelle éclate entre Québec et Ottawa, c’est tout simplement un voeu pieux. Par exemple, Legault proposait d’augmenter le salaire des médecins pour que ceux-ci soient incités à voir plus de patients – même si on admets une certaine causalité entre ces deux éléments, on est en droit de se demander ce que Legault ferait au pouvoir, alors que le fédéral modifie l’entente sur les transferts en santé de manière unilatérale et sans négociation. Si on s’en remet à son commandement ultime, il retournerait dans son coin, avec moins d’argent dans les poches, et un gros problème sur les bras.
C’est ça qu’on doit rejeter au Québec, le statu quo. Parce que peu importe qu’on veuille un Québec dans un Canada uni, ou que ce que l’on veuille, c’est un Québec libre, il faut en venir à un constat – le Québec perd grandement dans l’échange fédéraliste. Il faudra changer les choses, tôt ou tard. La réforme, ou la porte.
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